Vers le Juriste 3.0

SUJET: Réseaux sociaux...vers le juriste 3.0
Thème:  Le juriste/avocat face aux nouvelles technologies de l'information
Résumé: Quel sont les impacts des réseaux et des médias sociaux sur  les professionnels du droit. 
Objectif: Sensibilisation des professionnels du droit à l’utilisation des nouveaux moyens de communication (réseaux sociaux et médias sociaux). Surveillance de l'E.réputation, modification du rapport au droit par la digitalisation, libre accessibilité au droit grâce aux bases de données gratuites...quels sont les impacts sur le travail du juriste. Une réflexion enrichissante qui nous amène à réfléchir sur la faculté des professionnels du droit à communiquer !.
Durée: 4mn 51 s
Mise en ligne: 27 janvier 2016

Larriere S.picture

L'auteur: Stéphane Larrière

Stéphane Larrière, est directeur juridique pour les achats et alliances au sein d’un groupe leader mondial de l’informatique et du numérique. Il pratique le droit des affaires et du numérique depuis plus de 15 ans.  Il anime le blog "La loi des parties";qui propose une réflexion pertinente et originale sur la négociation contractuelle et le droit des contrats.

ENTRETIEN AVEC L'AUTEUR

Bonjour Stéphane,

Vous êtes intervenus à la maison du Barreau en 2014 pour faire cette présentation. Comment la situation a-t-elle évoluée depuis ? Les médias et réseaux sociaux semblent plus présents que jamais ?

 En effet, avec le développement de la digitalisation, cette présentation reste plus que jamais d’actualité. Les juristes et les avocats vont devoir être présents sur les réseaux sociaux s’ils veulent exister, conserver et développer leur clientèle. Au risque de heurter certaines sensibilités, la consommation des prestations juridiques a évolué avec les mœurs. Aujourd’hui on rentre en relation avant de s’être rencontré : avant de choisir son conseil, on le « googlise », pour savoir qui il est et se renseigner sur ses compétences ; on voit ce qu’on dit de lui, on compare, bref on se renseigne ! Dans ce contexte, les réseaux sociaux constituent un outil de positionnement et de notoriété jouant un rôle clé pour le choix d’un conseil. C’est de plus en plus là que se noue le contact et que se crée le premier pas de la démarche de souscription ou de vente. Manquer sa présence sur le réseau, revient à ne pas avoir « posé sa plaque »...

Vous indiquez dans la présentation que  l'image de l'entreprise est débordée/dépassée et se confond avec celle de ses « stakeholders » actionnaires ? Pouvez-vous préciser votre idée sur ce point ?

 C’est tout simple. Sur les réseaux sociaux professionnels, compte tenu de la double dimension social et média, l’utilisateur est à la fois lui-même avec sa personnalité, son expérience, ses compétences. Mais il est aussi simultanément sur le réseau une représentation de l’entreprise pour laquelle il travaille, contribuant de ce fait à la présence numérique de cette dernière qui est donc, en quelque sorte, débordée. En quelque sorte, sur le réseau,  au-delà de lui-même, le collaborateur, incarne la marque de l’entreprise dont il est un vecteur d’image.

Pensez-vous que le juriste d'entreprise devrait intervenir et valider la communication de l'entreprise sur le web ?  Y a-t-il un intérêt à cela ?

 Je pense que la communication officielle doit être revue par les juristes de l’entreprise en ce qu’elle est signifiante de son image et de son positionnement sur son marché et parce qu’elle contribue à la visibilité de la marque sur le réseau et donc à son e-reputation. De ce fait, elle constitue un véritable actif immatériel digne d’une attention juridique particulière. En revanche, compte tenu de la multiplication des canaux et des volumes communiqués par les collaborateurs, il me paraît impossible de faire procéder à des validations systématiques des communications par les juristes. Cette approche viendrait à réduire une partie de la direction juridique à un Bureau de Vérification de la communication ce qui n’est pas souhaitable dans une logique de responsabilisation des services. En outre, cela pourrait aboutir à un effet de procrastination des équipes qui nuirait à leur créativité, ce qui n’est pas souhaitable non plus. En revanche, il est, je pense, indispensable de donner un cadre à ce qu’il est possible de faire ou pas mais en expliquant pédagogiquement les raisons et les risques.

 Aujourd'hui chacun en tant que particulier ou dans son métier peut accéder gratuitement à l'information juridique (blog, doctrine, règlementation jurisprudence..). Pensez-vous que l'open source/open data ait des conséquences sur l'exercice du métier de juriste au sens large?

 Le métier de juriste est déjà en train de changer par la facilité de cet accès au droit. Auparavant, le juriste, comme le médecin, était perçu comme celui qui détenait la science du droit. On le consultait autant pour connaître la loi applicable dans une situation qualifiée donnée. Dans la société de la connaissance partagée, ce temps est révolu. Le pré-diagnostique ou la qualification est faite par le client qui vient pour obtenir une solution au problème qu’il rencontre. Nous sommes donc plus dans une démarche d’échange que dans un rapport de sachant à profane. Ça modifie forcément le rapport au droit ainsi qu’à son prix et les rapports avec les professionnels de la matière.

 Vous prônez un certain activisme numérique (créer un profil, créer une communauté, participer à des forums etc.). Constatez-vous une réticence des professions juridiques à communiquer sur internet ? Y a-t-il une différence entre avocats et juristes d'entreprise. Les choses évoluent-elle ?

 Oui, car si les juristes ne sont pas présents sur les réseaux numériques, d’autres professions viendront s’y installer. Il faut donc se lancer. Et les juristes ont deux qualités essentielles pour cela : le discernement et la pertinence de leur jugement. Il est vrai que des freins subsistent. Même si les choses évoluent, je constate encore une certaine réticence des juristes à se lancer sur les réseaux et à y communiquer leur expertise. J’y vois encore un relent de protection de leur savoir-faire face à une société du partage qui tend à s’imposer. Se considérant pour certains encore comme des « sachant » détenteurs du Savoir monétisable, ils ne perçoivent pas que le partage du droit crée le besoin de droit, pour plus de droit mais avec des juristes aux talents protéiformes !

Merci Stéphane pour ces réponses claires et instructives.

A bientôt !